Démocratie & culture :
Evreux - Inquiétant… « théâtre »…
12 octobre 2011
Dans le « MAG » spécial comme lors de la réunion du 7 octobre, organisée par le maire à propos du théâtre, on a pu en lire ou en entendre de belles.
Il y a eu du comique. Ainsi lorsque l’adjointe à l’épanouissement culturel parla de « rêve réalisé » à propos de la migration envisagée de la Scène Nationale au Cadran, alors même que le personnel de cette Scène venait d’écrire : « le but est-il de tuer la Scène Nationale à Evreux ? »…
Il y a du plus inquiétant. Ainsi quand le maire lui-même a menti carrément dans son éditorial du « MAG » en affirmant que le C.A. de la Scène Nationale était favorable à son projet.
A vrai dire, dans son principe même, la réunion du 7 à la Fac fut une opération rideau de fumée très orchestrée.
Impossible en effet de prendre au sérieux l’idée que c’est un problème de fondations et les frais encourus qui ont fait renoncer le maire au projet Nivelle.
La vraie raison est qu’une Scène Nationale influente et à large liberté de choix culturels, le maire n’aime pas trop cela et donc pas non plus un théâtre rénové, modernisé et agrandi conçu précisément comme lieu spécifique, permettant à la Scène Nationale de remplir au mieux ses missions, dans le sens à la fois de la qualité et de la conquête d’un large public.
Tout est là.
D’où, pour le masquer, des discours emphatiques de célébration de la Scène Nationale et du théâtre, avec ce qu’il faut d’envolées sentimentales et moralisatrices, d’accents sentencieux à l’occasion, le tout associé pour le côté « réaliste » et novateur à un flot de considérations économico-techniques resituant, pour son avenir radieux, la Scène Nationale au Cadran, le Cadran dans un « Grand Bel Ebat », lui-même relié à d’autres pôles locaux, régionaux, etc., etc. Mais le rideau de fumée se devait d’être d’autant plus épais qu’il fallait camoufler aussi quelques entorses et manigances contraires à la démocratie municipale. C’est ainsi que le projet Nivelle, bien que voté deux fois est abandonné. Par contre, sachant qu’il n’obtiendrait pas de majorité sur ce point, le maire n’entend pas soumettre au vote son nouveau projet, celui d’une rénovation plus que rabougrie du théâtre et de transfert de la Scène Nationale au Cadran.
Naguère certains élaborèrent la théorie de la souveraineté limitée. Voici maintenant celle du droit démocratique limité. Dans ce système si un vote est acquis et que le maire change d’avis, le vote est sans effet. Mais si un projet a toutes chances d’être repoussé en conseil municipal, on ne le soumet pas au vote, mais on l’applique quand même en vertu du savoir transcendantal du maire en matière de bien public !
Il y a de quoi être inquiet. Au delà des petitesses et des grosses ficelles, vendredi à la fac, les enjeux s’appelaient culture et démocratie. Ces valeurs, on le sait, sont indissociables, elles gagnent ou perdent ensemble. La séquence actuelle est négative. Il est souhaitable pour Evreux qu’elle ne s’enchaîne pas à d’autres de même sens.
André Albertini


